Deux « nouveaux » chapiteaux redécouverts au Terra Sancta Museum de Jérusalem

 

Pendant les travaux de restauration des pièces de la collection archéologique dans le cadre de la rénovation du musée Terra Sancta Museum, deux chapiteaux, dont la datation jusqu’alors incertaine, ont été datés presque certainement de l’époque hérodienne. Décorés de feuilles d’acanthe et provenant de zones de fouilles différentes, ils seraient tous deux des exemples de la riche production artistique qui fleurit dans toute la Judaea Romana entre le Ier siècle av. J.C. et le Ier siècle apr. J.C. avec de grands monuments civils et sacrés, permettant à Hérode Iduméen de gagner le titre d’Hérode le Grand.

 

Le premier chapiteau date du Ier siècle av. J.C. et provient du mystérieux Tombeau des Hérodes à Jérusalem. Cet élément architectural présente la forme typique du chapiteau corinthien avec, sur le premier registre, une couronne de feuilles à nervure centrale en Y renversé, deux nettes et larges incisions de chaque côté délimitant les lobes latéraux, des perforations triangulaires et des pointes aigües. Les feuilles du deuxième registre, qui soutiennent les volutes, présentent les mêmes caractéristiques que celles du registre inférieur. Entre ces feuilles, les caulicoles tripartites ont un bord décoré par de petites feuilles renversées et séparées par des perforations. Les hélices présentent une section rectangulaire et un développement très aérien qui définit une zone ajourée. Une feuille jaillissant du deuxième registre déborde sur l’emplacement du fleuron de l’abaque ; elle ressemble à une palmette perforée de trous circulaires. Sur chaque face du chapiteau, deux hélices reliées par un bandeau horizontal forment les volutes. A la base du chapiteau, il y a un épais astragale. En 1939, le père Bellarmino Bagatti ofm affirmait que ce chapiteau provenait du Tombeau des Hérodes et donc d’une période antique mais récemment il a été daté de l’époque croisée parce qu’adossé au pilastre. Comme le montre le Père Eugenio Alliata ofm (directeur du TSM) et à la suite d’une analyse plus attentive, le chapiteau apparaît isolé du mur puis associé au pilastre. C’est pourquoi, après presque quatre-vingts ans, l’hypothèse du fameux archéologue franciscain se révèle donc encore valide. Cette œuvre est, selon un fameux archéologue israélien, « le plus beau chapiteau hérodien jamais vu ».

Le deuxième chapiteau en deux blocs est un exemple classique du style corinthien du Ier siècle apr. J.C. Il provient de l’Herodion, le célèbre palais-forteresse construit par Hérode le Grand sur une colline proche de Bethléem. Retrouvés par le père Vincenzo Corbo ofm pendant les fouilles des années 60, il présente la décoration typique à feuilles d’acanthe épineuse (la décoration romaine est dite à feuille d’olivier et donc ronde). Elles forment un calathos tronconique au bord légèrement courbé vers l’extérieur auquel est superposé un abaque aux côtés moulurés et légèrement incurvés. A la base, le calathos est revêtu d’une alternance de deux couronnes à huit feuilles d’acanthe de tailles différentes à la pointe repliées vers l’extérieur. La disposition de chaque face présente deux feuilles plus basses de part et d’autre d’une plus haute centrale et, à chaque arrête, se trouve une feuille plus haute. Au-dessus des feuilles de la première couronne naissent les caulicoles, qui présentent au sommet des rainures obliques. Les deux éléments de ce chapiteau devaient provenir des colonnes de la grande façade car ils sont isolés mais leur face postérieure n’est pas travaillée. Avant d’être nettoyés, ils étaient considérés comme deux blocs à part et présentés comme tels dans le musée archéologique du Studium Biblicum Franciscanum. « En superposant les deux fragments, nous avons remarqué qu’ils coïncidaient », dit le père Alliata ofm. Cette hypothèse est confirmée par la considérable production de chapiteaux en deux parties, commune à l’Orient et à l’Occident jusqu’à la moitié du Ier siècle apr. J.C. De plus, la restauration conduite par Mateusz Chorosinski a fait apparaitre des stries alternées grisâtres et blanches qui n’étaient pas connues avant et qui rendent ce chapiteau plus exceptionnel encore.

Dans un premier temps, ces deux chapiteaux avaient été écartés du nouvel aménagement du Terra Sancta Museum à cause de leurs datations incertaines. Maintenant en revanche, ces magnifiques exemples d’art hellénistique seront exposés dans la salle consacrée à Hérode. Si la glorieuse époque des fouilles archéologiques menées par les Franciscains semble révolue, le long travail de catalogage, classement et restauration des précieuses collections historiques et archéologiques des frères de la Custodie réserve encore bien des surprises.

 

Corrado Scardigno

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