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21 Mai 2018

La chasuble de l’Immaculée, une exclusivité du premier volume d’une série de catalogues du Terra Sancta Museum.

de CORRADO SCARDIGNO

A l’occasion du mois de Marie, nous vous proposons une étude de ce précieux ornement du XVIIe siècle, extraite du premier volume d’une série de catalogues du Terra Sancta Museum. « L’idée du catalogue est progressivement née à partir de l’étude des ornements présentés au moment de l’exposition “Trésor du Saint-Sépulcre” tenue au château de Versailles en 2013 et de ceux restés inédits. Compte tenu de la quantité et de la qualité des objets, il a été décidé de finaliser cette étude à travers la publication d’un catalogue des ornements de la Custodie » explique le Père Stéphane Milovitch, directeur du Service des biens culturels de la Custodie de Terre Sainte.

Le volume sera conduit sous la direction de Maria Pia Pettinau Vescina, spécialiste des tissus anciens, auquel participera également Danièle Véron-Denise, spécialiste des broderies liturgiques et profanes, au regard des ornements brodés déjà exposés à Versailles, ainsi que le Père Stéphane Milovitch qui s’assurera de la question de la tradition et de la continuité dans l’utilisation des ornements sacrés en Terre Sainte. La campagne photographique a quant à elle été menée par Alfonso Bussolin, Giuliano Mami et Nadim Asfour (CTS).

L’étude de l’ornement que nous vous proposons ici en avant-première concerne la chasuble de l’Immaculée, d’après la rédaction qui en a été faite par la conservatrice.

Le vêtement liturgique (H: 128 cm ; L: 72,5 cm), que l’on peut dater de la fin du XVIIe siècle, provient de France et a été réalisé en taffetas moiré de couleur blanche, brodé d’or et d’argent filé à point étendu avec et sans rembourrage et en soie polychrome en point de satin, filé et noeuds.

De par sa ressemblance stylistique, un voile de calice lui a également été attribué, ce dernier ayant été retrouvé dans certains inventaires du couvent Saint-Sauveur de Jérusalem à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. La croix de la chasuble s’insère dans un tondo ; à l’intersection des bras, la figure lumineuse de l’Immaculée, traitée à la manière d’une gravure de François de Poilly (Abbeville 1623-Paris 1693), comme le suggère Danièle Véron-Denise. Sur le vêtement sacré, l’image semble résumer la dévotion mariale des Franciscains et des Français. Louis XIII avait en effet élu la Vierge comme protectrice de la France en 1683, à la naissance de son fils futur Louis XIV. Toutefois, l’insertion de trophées et de drapeaux aux pieds de l’Immaculée renverrait plus probablement à une victoire des armées de Louis XIV sur les troupes ennemies, selon l’avis de Jacques Charles-Gaffiot. L’expert y verrait notamment une allusion à François-Henri de Montmorency, maréchal de Luxembourg (1628-1695) connu sous le surnom de « tapissier de Notre-Dame » qui, après ses trois grandes victoires sur le prince Guillaume III d’Orange, envoya et fit suspendre de nombreuses bannières d’ennemis au-dessus du chœur de la cathédrale parisienne.

Il semble donc compréhensible que la Vierge, patronne de la France, invoquée pour l’heureuse issue d’une bataille, ait pu être représentée avec les drapeaux d’une armée ennemie protestante à ses pieds. Toute l’ornementation – aussi bien pour sa valeur symbolique, artistique qu’exécutive – est un hymne à la Vierge. La profusion de fils d’or et d’argent se dématérialise, presque absorbée par les tulipes, les rosaces et les corolles, avec davantage de pétales aux reflets rougeatres, de formes acantiformes sur les bandes latérales et de décorations de croix et de colonne, émergeant sur fond d’argent filé. Si la fleur est une vanité dans de nombreuses interprétations de la peinture contemporaine, ici avec l’acanthe, elle est un symbole de renaissance et sa couleur se réfère à la Vierge, au sang versé par le Christ et au salut. Pour insister sur cette idée, c’est encore l’acanthe qui, avec ses petites feuilles, embellit en relief l’ornement de la bordure périmétrique.

Comme il en ressort de cette étude, le catalogue exposera donc un « trésor » resté largement et trop longtemps caché et inconnu, mais bien conservé dans les grands tiroirs des sacristies des couvents franciscains. Se manisfesteront des aspects qui, comme l’explique la conservatrice : « seront particulièrement utiles aux frères de la Custodie elle-même, pour une plus grande conscience de ce qui a été préservé parmi les précieux dons textiles parvenus de l’Europe au cours des siècles, mais aussi de ce qui a malheureusement et irrémédiablement disparu, non par négligence mais pour diverses raisons historiques ».

L’étude suivra un ordre chronologique basé sur la date d’arrivée, documentée ou présumée, des vêtements liturgiques sur une période allant du XVIe au XXe siècle. Grâce à une méthodologie scientifique, seront mis en évidence les aspects historico-stylistiques, symboliques et techniques des découvertes, les différentes inscriptions et emblèmes trouvés, si possible, mis en relation avec des informations tirées de documents d’archives. L’utilisation de précieux documents – notamment les registres des conduites et les inventaires des sacristies – a été fondamentale dans la recherche puisque que d’une part, ils ont soutenu des hypothèses attributives et d’autre part, ils ont rendu vivante l’histoire de ces vêtements, celle de leur origine dévotionnelle et de leur fonction liturgique, celle de leurs soins constants de la part des franciscains. De nombreux éléments qui, comme des fils précieux, tissent des contextes historiques prenant la forme de chaines et de trames dans les relations entre les grandes puissances européennes et la Terre Sainte.

Les glossaires concernant la typologie, l’utilisation et la fonction des vêtements sacrés, la symbolique des couleurs liturgiques, les définitions des matériaux et des techniques des tissus seront utiles au lecteur.

Le projet éditorial de la nouvelle série éditée par ETS pour le Terra Sancta Museum prévoit la publication intégrale des objets précieux de la Custodie de Terre Sainte pour l’avenir, à travers des volumes monographiques uniques: orfèvrerie, nacre, miniatures des chœurs conservés à la Bibliothèque Générale de la Custodie, peintures.

La série sera également précédée par un volume « numéro zéro » en septembre, sous la direction de Sara Cibin qui, avec une sélection de pièces (cinquante de la collection archéologique et cinquante de la collection historique) servira d’aperçu et de présentation des œuvres les plus précieuses de la collection du musée.