25 Juin 2019

Les clefs d’une œuvre: la lampe de sanctuaire de l’Empire d’Autriche

Cette lampe de sanctuaire en or massif (à l’exception des chaines de suspension aux maillons cruciformes) est sans doute l’une des œuvres les plus exceptionnelles du trésor du Saint Sépulcre. En effet, les conditions historiques de sa présence se trouvent, d’une part, particulièrement documentées, et par ailleurs, l’œuvre témoigne d’une très haute qualité esthétique, la rendant comparable aux plus belles pièces d’orfèvrerie réalisées dans l’Europe du XVIIIe siècle.

La lampe de Marie-Thérèse d’Autriche. Photo par Shay Ben Efraim

Le registre des Conduites mentionne en 1730 l’arrivée d’un premier présent, une lampe en or, don personnel de l’empereur Charles VI. Les franciscains ont évidemment respecté le vœu du souverain et ont placé la précieuse lampe dans la basilique du Saint Sépulcre, sans doute à l’entrée de l’édicule ou sur l’une des parois. Selon une ancienne habitude, pour célébrer avec faste les solennités habituelles de la Semaine Sainte, les franciscains dressaient, devant l’entrée de l’édicule, un autel provisoire richement décoré à l’aide des plus beaux présents offerts par les nations catholiques.

Les objets suspendus représentaient chacune des puissances européennes afin de rendre hommage à la foi et à la piété de ces généreux donateurs qui rivalisaient parfois entre eux pour offrir au «tombeau du Roi des rois» les présents les plus prestigieux. Toutefois, une telle exposition d’objets luxueux a sans doute scandalisé certains religieux grecs, comme nous le rapporte une lettre envoyée à Rome par le Custode de Terre sainte.

Le 2 avril 1757, certains d’entre eux endommagèrent quelque peu la mise en scène réalisée par les catholiques, ainsi que quelques objets, dont la lampe offerte par Charles VI d’Hasbourg. Pour compenser cette perte, l’Impératrice Marie-Thérèse envoya deux ans plus tard une nouvelle lampe de sanctuaire en or massif destinée à remplacer la précédente. Elle rétablissait ainsi au Saint Sépulcre la présence d’une lampe offerte par la Maison d’Autriche, éblouissante aumône impériale qui par chance, arriva à bon port malgré les aléas de navigation, des routes de Palestine où de multiples contrôles occasionnaient souvent spoliations et rançons avant de parvenir intacte jusqu’à nous.

Cette lampe est exposée au musée d’Art Islamique de Jérusalem, pour l’exposition «Jelwery making : Past & Present», en partenariat avec le Terra Sancta Museum, du 31 mai au 16 novembre.

Source: extraits de la notice de l’œuvre écrite par Jacques-Charles Gaffiot, historien de l’art et membre du Comité Scientifique du Terra Sancta Museum, dans le catalogue de l’exposition Château de Versailles « Trésor du Saint Sépulcre. Présents des cours royales européennes à Jérusalem », en partenariat avec la Custodie de Terre Sainte.

Peintre anonyme. Portrait de Marie-Thérèse d’Autriche. Magyar Nemzeti Múzeum, Budapest