7 Octobre 2019

Trier, connaître et valoriser un patrimoine archéologique collecté pendant des années de fouilles en Terre Sainte : le projet de catalogage des collections du Studium Biblicum Franciscanum

Depuis le début du XXème siècle, les archéologues du Studium Biblicum Franciscanum se sont consacrés à la redécouverte des lieux saints du Nouveau Testament et de l’Eglise primitive en Terre Sainte à travers les fouilles archéologiques menées dans les territoires d’Israël, Palestine et Jordanie. Avec l’avènement du numérique, il était nécessaire de recueillir l’immense patrimoine retrouvé au cours de plusieurs années de campagnes de fouilles dans une base de données en ligne accessible aux chercheurs.

Un primier pas vers le catalogage numérique a été fait en 2009 lorsque la professeure Fulvia Ciliberto, aujourd’hui professeure d’archéologie grecque et romaine à l’Université du Molise, et la docteure Daniela Massara, archéologue et docteure à l’Université d’Etat de Milan, sont arrivées à Jérusalem.

Elles sont arrivées en Terre Sainte pour conseiller le père Eugenio Alliata, archéologue nouvellement élu directeure du musée privé du Studium, dans la création de la structure et dans l’identification des caractéristiques d’une base de données pouvant contenir les fiches descriptives des piéces découratives.

A partir de ce moment et jusqu’en 2012, le projet scientifique de catalogage qui prend le nom de « Protection, étude et valorisation d’un patrimoine muséal », a été poursuivi par la docteure Massara en tant que première catalogueuse et avec le soutien financier d’ATS, l’Association de Terre Sainte. En 2013, grâce à l’engagement de la professeure Ciliberto, le projet a été cofinancé par le Département des Sciences Humaines, de l’Education et des Sciences Sociales de l’Université du Molise et du Ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (Direction Générale pour la Promotion du Système Pays, Bureau VI – Missions archéologiques, anthropologiques, ethnologiques).

Père Eugenio Alliata, directeur de la section archéologique et multimédia du Terra Sancta Museum et professeur d’archéologie chrétienne au Studium Biblicum Franciscanum à Jérusalem. En tant qu’archéologue, il a participé à d’importantes campagnes de fouilles en Israël et en Jordanie.

Fulvia Ciliberto, professeur d’archéologie grecque et romaine à l’Université du Molise

 

Au fil des années, le couvent de la Flagellation, siège du Studium Biblicum et situé le long de la Via Dolorosa de la Vieille ville de Jérusalem, a vu se succéder de nombreux étudiants et professionnels arrivés en ville pour participer et apporter une contribution. Parmi ces derniers, sont aussi intervenus comme catalogueurs les étudiants provenant de l’Université de Bari grâce au Service Civique National italien et à l’engagement du professeur Paolo Ponzio, professeur d’Histoire de la philosophie à l’Université de Bari.

Le processus de catalogage, encore en cours aujourd’hui, est méticuleux : en premier lieu est vérifié le numéro d’inventaire de chaque pièce et, au cas où il en manquerait, un numéro est attribué ; une documentation photographique exhaustive est ensuite réalisée, les données d’archives disponibles sont récupérées, les informations utiles sont collectées et le tout est inséré dans la base de données de la Custodie.

L’activité de fichage informatisé, en apparence très aride, est la base indispensable pour construire non seulement un réel projet de protection, mais aussi pour entreprendre l’étude scientifique des biens conservés, qui permet une bonne valorisation afin de pouvoir répondre à toutes les attentes d’un public extrêmement diversifié, comme celui qui vient en visite au Terra Sancta Museum, du simple curieux arrivé par hasard au chercheur spécialiste et jusqu’aux groupes de pèlerins. A ce jour, le projet a conduit au catalogage d’environ 13.000 restes archéologiques.

Les fruits de ce travail ne se sont pas faits attendre et ils ont permis de débuter une série d’activités de restauration, de mise à jour scientifique et d’étude, dont les résultats ont été intégrés dans les actes d’une journée d’étude tenue en 2011 à Isernia en Italie, qui a été la première présentation publique du projet. Très rarement, en effet, la participation des étudiants et des jeunes chercheurs s’est arrêtée au travail du catalogage ; c’est d’ailleurs précisément ce qui a été le tremplin pour des recherches aboutissant à des travaux de thèse ou à des publications.

« Ce projet est une opportunité pour les jeunes archéologues » – nous raconte Fulvia Ciliberto – « D’une part, on nous forme professionnellement avec une méthode, celle du catalogage national italien, qui est valable même après notre retour en Italie. D’autre part, on a la possibilité d’approfondir sur le terrain un sujet tel que l’archéologie de la Méditerranée orientale qu’on n’aborde pas souvent en Italie. C’est ensuite une expérience unique pour le développement humain et personnel de chacun : on entre en contact avec une réalité géopolitique complexe qui n’arrive en Italie que filtrée par les médias, on rencontre des personnes provenant du monde entier, on élargit les horizons. Dernier point, mais non des moindres, je sais que dans le passé, cela a aussi servi à trouver des emplois intéressants ! ».

La force du projet réside dans le dialogue continu entre les institutions, professeurs et étudiants, ces derniers étant un véritable moteur pour le catalogage du patrimoine. Daniela Ferrini, récemment diplômée de l’Université du Molise et qui vient d’arriver en Terre Sainte, nous confesse les aspirations et les désirs d’une nouvelle archéologue : « Cela m’a poussé à venir ici avec la possibilité de me mettre en jeu, de connaître une réalité très différente de la mienne et d’entrer en contact avec une façon de travailler plus complexe. C’est un grand saut de Campobasso à Jérusalem ! J’espère obtenir une formation qui me permettra de me spécialiser et d’avoir un emploi lié à ce que j’ai étudié ».

Daniela Ferrini, Docteur en archéologie à l’Université du Molise, en cataloguant les découvertes du Studium Biblicum.

 

La route vers la fin du projet est sinueuse, compte tenu des difficultés logistiques et bureaucratiques à affronter, mais les conférences et publications continuent tous les quatre ans pour publier les résultats et l’avancement des travaux. « C’est un long chemin à parcourir, au moins cinq autres années » – raconte la professeure Ciliberto – « Mais très valable. En résumé, je dirai que le bilan du projet est positif ! ».